Part 34 (2/2)
Malgre que la Serbie eut reprouve le crime et se fut montree prete a donner satisfaction a l'Autriche dans une mesure qui depa.s.sa les previsions non seulement de la Russie, mais aussi des autres Puissances, le Ministre d'Autriche-Hongrie a Belgrade jugea la reponse serbe insuffisante et quitta cette ville.
Reconnaissant le caractere exagere des demandes presentees par l'Autriche, la Russie avait declare encore auparavant qu'il lui serait impossible de rester indifferente, sans se refuser toutefois a employer tous ses efforts pour trouver une issue pacifique qui fut acceptable pour l'Autriche et menageat son amour-propre de grande puissance. En meme temps la Russie etablit fermement qu'elle admettait une solution pacifique de la question seulement dans une mesure qui n'impliquerait pas la diminution de la dignite de la Serbie comme Etat independant.
Malheureus.e.m.e.nt tous les efforts deployes par le Gouvernement Imperial dans cette direction resterent sans effet. Le Gouvernement Austro-Hongrois, apres s'etre derobe a toute intervention conciliatrice des Puissances dans son conflit avec la Serbie, proceda a la mobilisation, declara officiellement la guerre a la Serbie, et le jour suivant Belgrade fut bombardee. Le manifeste qui a accompagne la declaration de guerre accuse ouvertement la Serbie d'avoir prepare et execute le crime de Seraewo. Une pareille accusation d'un crime de droit commun lancee contre tout un peuple et tout un etat attira a la Serbie par son inanite evidente les larges sympathies des cercles de la societe europeenne.
A la suite de cette maniere d'agir du Gouvernement Austro-Hongrois, malgre la declaration de la Russie qu'elle ne pourrait rester indifferente au sort de la Serbie, le Gouvernement Imperial jugea necessaire d'ordonner la mobilisation des circonscriptions militaires de Kiew, d'Odessa, de Moscou et de Kazan. Une telle decision s'imposait parce que depuis la date de la remise de la note austro-hongroise au Gouvernement Serbe et les premieres demarches de la Russie cinq jours s'etaient ecoules, et cependant le Cabinet de Vienne n'avait fait aucun pas pour aller au-devant de nos efforts pacifiques; au contraire, la mobilisation de la moitie de l'armee austro-hongroise avait ete decretee.
Le Gouvernement Allemand fut mis au courant des mesures prises par la Russie; il lui fut en meme temps explique qu'elles n'etaient que la consequence des armements autrichiens et nullement dirigees contre l'Allemagne. En meme temps, le Gouvernement Imperial declara que la Russie etait prete a continuer les pourparlers en vue d'une solution pacifique du conflit, soit par la voie de negociations directes avec le Cabinet de Vienne, soit en suivant la proposition de la Grande-Bretagne, par la voie d'une Conference des quatre Grandes Puissances non interessees directement, voire l'Angleterre, la France, l'Allemagne et l'Italie.
Cependant cette tentative de la Russie echoua egalement.
L'Autriche-Hongrie declina un echange de vues ulterieur avec nous, et le Cabinet de Vienne se deroba a la partic.i.p.ation a la Conference des Puissances projetee.
Neanmoins, la Russie ne discontinua pas ses efforts en faveur de la paix. Repondant a la question de l'Amba.s.sadeur d'Allemagne, a quelles conditions nous consentirions encore a suspendre nos armements, le Ministre des Affaires Etrangeres declara que ces conditions seraient la reconnaissance par l'Autriche-Hongrie que la question Austro-Serbe avait revetu le caractere d'une question europeenne, et la declaration de cette meme Puissance qu'elle consentait a ne pas insister sur des demandes incompatibles avec les droits souverains de la Serbie.
La proposition de la Russie fut jugee par l'Allemagne inacceptable pour l'Autriche-Hongrie. Simultanement on recut a St.-Petersbourg la nouvelle de la proclamation de la mobilisation generale par l'Autriche-Hongrie.
En meme temps les hostilites continuaient sur le territoire Serbe et Belgrade fut bombardee derechef.
L'insucces de nos propositions pacifiques nous obligea d'elargir les mesures de precaution militaires.
Le Cabinet de Berlin nous ayant adresse une question a ce sujet, il lui fut repondu que la Russie etait forcee de commencer ses armements pour se premunir contre toutes eventualites.
Tout en prenant cette mesure de precaution, la Russie n'en discontinuait pas moins de rechercher de toutes ses forces une issue de cette situation et declara etre prete a accepter tout moyen de solution du conflit qui comporterait l'observation des conditions posees par nous.
Malgre cette communication conciliante, le Gouvernement Allemand, le 18/31 Juillet, adressa au Gouvernement Russe la demande d'avoir a suspendre ses mesures militaires a midi du 19 Juillet/ 1 Aout, en menacant, dans le cas contraire, de proceder a une mobilisation generale.
Le lendemain, 19 Juillet/1 Aout, l'Amba.s.sadeur d'Allemagne transmit au Ministre des Affaires Etrangeres, an nom de son Gouvernement, la declaration de guerre.
No. 78.
Le Ministre des Affaires Etrangeres aux Representants de S. M.
I'Empereur a l'etranger.
(_Telegramme_). St.-Petersbourg, le 20 Juillet/2 Aout 1914.
Il est absolument clair que l'Allemagne s'efforce des a present de rejeter sur nous la responsabilite de la rupture. Notre mobilisation a ete provoquee par l'enorme responsabilite que nous aurions a.s.sumee, si nous n'avions pas pris toutes les mesures de precaution a un moment ou l'Autriche, se bornant a des pourparlers d'un caractere dilatoire, bombardait Belgrade et procedait a une mobilisation generale.
Sa Majeste l'Empereur s'etait engage vis-a-vis de l'Empereur d'Allemagne par sa parole a n'entreprendre aucun acte agressif tant que dureraient les pourparlers avec l'Autriche. Apres une telle garantie et apres toutes les preuves de l'amour de la Russie pour la paix, l'Allemagne ne pouvait ni avait le droit de douter de notre declaration que nous accepterions avec joie toute issue pacifique compatible avec la dignite et l'independance de la Serbie. Une autre issue, tout en etant completement incompatible avec notre propre dignite, aurait certainement ebranle l'equilibre Europeen a.s.surant l'hegemonie de l'Allemagne. Ce caractere Europeen, voire mondial, du conflit est infiniment plus important que le pretexte qui l'a cree. Par sa decision de nous declarer la guerre a un moment ou se poursuivaient les negociations entre les Puissances, l'Allemagne a a.s.sume une lourde responsabilite.
(Signe) Sazonow.
No. 79.
Note remise par l'Amba.s.sadeur d'Autriche-Hongrie a St.-Petersbourg au Ministre des Affaires Etrangeres le 24 Juillet a 6 h. du soir.
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